Les droits des femmes en Pologne : un peu d’histoire

Les droits des femmes en Pologne : un peu d’histoire

🗳 Il y a cent ans, l​e 28 novembre 1918, les femmes polonaises obtenaient le droit de vote.

En effet, il y a cent ans des suffragettes se sont rassemblées parapluies déployés devant la villa de Józef Piłsudski, alors chef d’Etat polonais. Patriotes, elles ont lutté pour l’indépendance. Femmes, elles se battaient à présent pour leurs droits. Dès lors, elles firent signer au père de l’indépendance un décret stipulant que, sans différence de sexes, tout.e citoyen.ne peut à la fois voter et être élu.e.

Décret signé par Jozef Piłsudski le 28 novembre 1918

En novembre dernier, la Pologne célébrait les cent ans des droits électoraux acquis par les femmes dans le même temps que l’indépendance polonaise. Une occasion pour remémorer les droits des femmes, leur présence dans l’indépendance et, plus largement, dans l’histoire polonaise. Enfin, pour ne pas oublier les luttes qu’elles mènent encore.

En 2018, ce sont les cent ans d’application de ce droit de vote, obtenu en 1918, qui soufflent leurs bougies. Bien que discret par delà les frontières, cet anniversaire reste dans la mémoire des polonaises célébrant la Journée Internationale de lutte pour les Droits des Femmes.

 

👩 👩‍💼 A la rencontre d’Aleksandra, membre de l’association Sto Lat Głosu Kobiet (en français, ​Cent ans de voix de femmes​).

Pauline​ : Quel était le mouvement des suffragettes en Pologne ?

Aleksandra : ​Comme dans d’autres pays européens, le mouvement des suffragettes en Pologne est né au XIXème siècle. Cependant, il avait deux caractéristiques uniques. La première est qu’il était étroitement lié à la lutte pour l’indépendance. Les femmes polonaises se sont d’abord battues pour l’indépendance du pays puis pour leurs droits électoraux. Leur combat était principalement politique – contrairement aux femmes par exemple du Royaume-Uni elles ne recouraient pas à la violence, ne tiraient pas les boîtes aux lettres etc …

Deuxièmement, en Pologne, le mouvement des suffragettes n’a pas réussi à engager les travailleuses. Les suffragettes étaient surtout des femmes instruites et issues de familles aisées. De plus, contrairement à d’autres pays, ici il n’y a eu aucune manifestation de suffragettes. Les femmes se concentraient sur des activités éducatives, diplomatiques et politiques.

Pauline : Les femmes protestent ainsi pour le droit de vote après la Première Guerre Mondiale, moment où l’indépendance est revendiquée. Y a-t-il un lien avec leur participation pendant la guerre et l’indépendance de la Pologne ? Et, si c’est le cas, comment se traduit-il ?

Aleksandra : Oui, s’était strictement connecté. Comme vous le savez, au XIXème siècle, la Pologne n’existait pas et les polonais organisaient des soulèvements et menaient des activités clandestines pour recouvrer leur indépendance. Les femmes polonaises ont été impliquées dans ce combat à bien des égards : elles ont fait passer en fraude des armes, des fournitures, elles ont espionné, enseigné la langue et l’histoire polonaise aux enfants.

Mais pendant tout ce temps, elles ne cessaient de répéter très clairement que lorsque la Pologne serait libre elles revendiqueraient le fait de devenir des citoyennes à part entière. Surtout, elles réclameraient le droit de vote pour donner leur avis en politique, en économie et sur la société polonaise.

Pauline​ : Ainsi, après 1918, comment ce nouveau droit s’est concrétisé ?

Aleksandra : ​Donc le 28 novembre 1918, Piłsudski signa le décret sur la loi électorale au Parlement législatif. Dans ce document, il y avait le terme “sans distinction de sexes”. À la suite des premières élections, en 1919, huit femmes siégeaient au Parlement.

Pauline : À présent, quels sont les défis majeurs concernant les droits des femmes pour la société polonaise ?

Aleksandra ​: ​Je pense qu’ils sont les mêmes que dans beaucoup d’autres pays : lutter contre l’écart salarial, contre les violences sexuelles et domestiques, contre le plafond de verre … Mais, ce qui est typique en Pologne c’est la position forte et omniprésente de l’Eglise catholique. Elle peut influencer les politiciens, par exemple sur la question du droit à l’avortement.

Pauline Roussel

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