Misti, française, en Pologne depuis plus de 45 ans

Misti, française, en Pologne depuis plus de 45 ans

Françaises ou polonaises francophones, elles vivent aujourd’hui leur retraite en Pologne. Témoignages précieux de l’Histoire, de vies, souvent extraordinaires.

Sur une idée originale de Varsovie Accueil, ces séniors ont accepté de nous faire partager leurs expériences et leurs histoires. Le premier article de cette série retrace le parcours de Misti, qui, après avoir passé toute sa jeunesse en France s’installe, à l’âge de 30 ans dans le Varsovie des années 70 !

 

🇫🇷 Son enfance en France

Née en 1941 en France, le moins que l’on puisse dire, c’est que la jeunesse de Misti n’a pas été facile ! Fille d’une mère polonaise, dont les parents se sont installés en France en 1930, elle est abandonnée à la naissance. Dans un contexte de guerre et d’occupation, les enfants polonais étaient effectivement souvent considérés d’office comme des juifs et sa mère voulait ainsi ne pas mettre Misti en danger. Son enfance se partage alors entre orphelinats, pensionnats et séjours chez ses grands-parents.

En 1942, alors que Misti n’est âgée que d’un an, son oncle vient la chercher pour une promenade. Une aubaine pour Misti qui, par chance, n’est pas chez-elle lors d’une rafle ! A l’école, la vie n’était pas facile non plus pour elle, on la traitait de « bâtard », on lui jetait des cailloux. Elle se souvient avec émotion d’une rentrée des classes à Russange, lorsqu’elle habitait chez ses grands-parents, de sa maîtresse lui demandant devant toute la classe le nom de son père. Misti ne le sachant pas donne alors le nom de son grand-père, la maîtresse la traite de menteuse et révèle à la classe qu’elle ne connait pas son père. Une réelle humiliation publique pour Misti.

🇵🇱 Sa liaison avec la Pologne

C’est à l’âge de 18 ans en 1959 que, sans le savoir, Misti scelle son destin à celui de la Pologne. A l’époque, elle travaille à l’hôpital de Verdun pour l’US Army. Un soir, dans un bar, elle fait la connaissance d’un soldat de l’US Army de 18 ans de plus qu’elle. Elle pense alors qu’il est américain et rêve de s’installer aux Etats-Unis. Quand sa grand-mère le rencontre, elle réalise qu’il est polonais et annonce à Misti : « Ton Amérique, ça s’appelle Varsovie ». Cependant, il n’avait plus de contact avec la Pologne, il avait en effet était enlevé par les allemands étant jeune et amené dans les camps, il n’avait plus revu sa famille depuis lors. Un jour, au début des années 60, Misti fouille dans ses affaires et découvre une lettre écrite en polonais. C’était une lettre de sa sœur. Elle décide alors de prendre contact avec sa sœur et la fait venir en France. Les journalistes et l’armée américaine sont mis au courant de cette venue et les soupçonnent alors d’être des espions russes.

Lors de cette rencontre avec sa sœur, le mari de Misti apprend qu’il a encore de la famille en Pologne, à Varsovie. En 1967, ils leur rendent alors visite à Varsovie. C’est la première fois que Misti vient en Pologne. En arrivant, elle est choquée par la misère du pays, elle raconte : « Quand je suis descendue à la gare, quelque chose en moi avait craqué, et je suis retournée en France ».

Ils rentrent donc en France. Cependant, le rêve de son mari de retourner habiter en Pologne ne s’estompe pas et, il décide en 1971 d’aller s’y installer. Misti souhaite rester en France, le souvenir de son voyage en Pologne ne lui donne pas envie d’y aller et puis, beaucoup de personnes la terrorisaient avec la Pologne, on lui disait que derrière chaque arbre se cachaient des soldats russes, se souvient-elle en rigolant. En 1972, elle se décide finalement à rejoindre son mari là-bas.

👩‍⚕️ La vie dans le Varsovie communiste

Quand elle vient s’installer en Pologne, elle ressent comme un retour en arrière, il manquait la modernité, tout était très sombre. Elle commence à travailler à l’hôpital de Varsovie. En arrivant en Pologne, Misti ne parlait pas du tout polonais, malgré ses origines polonaises. Même ses séjours chez ses grands-parents ne lui avaient pas permis d’apprendre réellement le polonais. Elle nous raconte en souriant « on me demandait d’amener des poireaux, je ramenais du persil ».

Quand on parle de la Pologne communiste avec Misti, ses réponses sont surprenantes et bien loin de l’image que l’on s’en fait traditionnellement. Elle nous assure qu’elle n’a jamais manqué de rien, « la nourriture, il y en avait » nous assure-t-elle, « il fallait juste réussir à se débrouiller ». Elle se souvient des tickets de rationnement, « pour une personne qui travaillait physiquement, on avait entre autres 4,5 kg de viande par mois, 4kg de farine, du sucre et ½ kg de beurre » et des queues à partir de 4h30 du matin pour pouvoir avoir de la nourriture. En dehors des tickets de rationnement, il y avait aussi le marché noir qui était organisé, où l’on pouvait acheter de la nourriture. Ce qui a vraiment marqué Misti pendant cette époque, c’est la grande solidarité des polonais entre eux qui s’entraidaient énormément.

La nuit du 13 décembre 1981, elle travaillait à l’hôpital lorsque l’état de guerre fut déclaré. Elle se rend alors à l’ambassade de France pour rentrer. Là-bas, elle se trouve face à une secrétaire qui lui demande dans quel domaine elle travaille à Varsovie. Misti répond qu’elle travaille à l’hôpital, la secrétaire lui dit alors qu’ils ont besoin d’elle ici et qu’elle ne peut pas retourner en France, une aberration pour Misti qui ne comprend pas. Pendant cette période d’état de guerre, beaucoup de groupes s’organisaient pour protester, elle se souvient aller devant l’église Sainte Anne avec d’autres paroissiens, amener des fleurs et des bougies pour former un bâteau, synonyme de paix.

👵🏻 La chute du communisme : un passage rapide et brutal au capitalisme

Avec la fin du communisme, Misti a remarqué un changement rapide et extrême des polonais et de leurs habitudes. Auparavant, les polonais avaient un certain complexe d’infériorité par rapport aux habitants des pays de l’ouest puis, ils ont pris de plus en plus d’assurance nous explique-t-elle. Lorsqu’elle est arrivée en Pologne, les gens étaient très gentils avec elle, très curieux du mode de vie en France, « aujourd’hui, on n’est pas aimé » nous raconte-t-elle en riant.

Misti regrette également la solidarité qui unissait les polonais pendant la période communiste, « Les polonais ont perdu une valeur magnifique, l’amour du prochain ». Leur façon de consommer a également beaucoup changé, aujourd’hui Misti déplore le gaspillage de plus en plus présent, tout comme la vision des polonais de l’Eglise. Elle nous raconte qu’avant, il ne fallait rien dire sur l’Eglise, et maintenant elle est de plus en plus critiquée.

Même après 45 ans de vie en Pologne, elle se sent toujours française. Elle est cependant toujours vue comme la française par les polonais bien qu’elle ait la nationalité polonaise et qu’elle ait vécu plus longtemps en Pologne qu’en France. Misti est très fière de son côté français et le cultive au quotidien « Tout est français chez moi, la télévision, les livres… » Elle a déjà pensé à retourner en France mais sa retraite, trop petite, ne lui permet pas et puis « j’ai trop souffert en France, je suis bien en Pologne » nous dit-elle.

Pauline Papacaloduca

Rédactrice au Lepetitjournal.com/Varsovie

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